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Vendee Globe
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Le 06/05/2008 à 16:11 Propos recueillis par AXEL CAPRON
De Sports.fr

Eliès: "J'ai la pression"

Un an après la sortie de chantier de son Generali, Yann Eliès prend dimanche le départ de sa toute première Transat anglaise, rebaptisée cette année The Artemis Transat. Une course que le Briochin, comme ses onze rivaux, inscrit certes dans la perspective du Vendée Globe, mais sur laquelle il se met une certaine pression, conscient de l'attente de son sponsor. Pour cela, son 60 pieds, neuvième de la dernière Transat Jacques-Vabre, a été largement modifié l'hiver dernier avec l'accent mis sur la légèreté. Confidences d'avant-départ...

Yann Eliès s'attend à une bonne répétition en vue du Vendée (Generali/Gilles Martin-Raget) Yann Eliès s'attend à une bonne répétition en vue du Vendée (Generali/Gilles Martin-Raget)
Vous avez effectué l'hiver dernier un gros chantier sur Generali, en quoi a-t-il consisté ?
Ça a tourné essentiellement autour du changement de mât, de l'optimisation de son poids et, du coup, de l'optimisation du poids du bulbe. Dans la classe Imoca, on a un test de jauge à passer, c'est fonction du poids du mât essentiellement, puisque c'est un rapport entre ce qu'il y a au-dessus et au-dessous du centre de gravité. C'est donc au-dessus du pont qu'il y a le plus à gagner. C'est la première fois que je participais d'aussi près à la construction d'un mât, le résultat est là, puisqu'on a gagné 70 kilos dans le haut et quasiment 250-300 dans la quille.

Cette décision de changer de mât résultait-elle d'une insatisfaction par rapport au premier ?
Le précédent rentrait dans le cahier des charges qu'on avait fixé, à savoir un mât robuste. Maintenant, le bateau idéal, c'est un bateau puissant, large, avec un mât haut et léger. Donc dans ce cadre-là, on n'avait pas rempli le cahier des charges car on avait un mât beaucoup trop lourd, c'est vrai que dans le chantier global de la construction du bateau, j'avais un peu sous-estimé l'importance du poids du mât. Là, on est revenus, pas en arrière, mais à des choses beaucoup plus raisonnables. Le défi, c'est de faire plus léger et aussi fiable. On a un peu serré les fesses, car on ne gagne pas 70 kilos comme ça sans prendre des risques sur certaines pièces ou sur la façon de fabriquer le mât, mais aujourd'hui, au vu de ce qu'on a pu en tirer en équipage ou en solitaire, sur le Défi Petit Navire ou en stage à Port-la-Forêt, pour l'instant, le mât nous inspire confiance.

Brit Air a démâté en décembre, c'est le sistership de votre Generali, avez-vous du coup échangé avec Armel Le Cléac'h pour prévenir une telle mésaventure ?
Non, je n'ai pas trop échangé avec lui parce que depuis le début, on n'est pas dans le même timing de construction et de développement du bateau. Je me suis élancé avant lui, donc mon objectif, c'est de garder toujours un cran d'avance sur lui. Si je commence à échanger avec lui, je lui laisse la possibilité de combler le retard qu'il a pris au démarrage. Mais ce que je vois, c'est que pour la hauteur de mât qu'il faut avoir sur des bateaux puissants, le mât-aile (qui équipe Brit Air mais pas Generali, ndlr), pour moi, est encore une trop grosse prise de risques si on veut faire un mât aussi léger qu'un mât classique.

"Desjoyeaux, l'homme à abattre"

Votre première année sur Generali a été mitigée avec une neuvième place sur la Jacques-Vabre et une quatrième sur la Transat BtoB, avez-vous eu des inquiétudes ?
Disons plutôt plein d'incertitudes. Parce que je n'avais jamais navigué en solitaire sur ce bateau, parce que c'était ma première construction de bateau, ma première mise à l'eau, ma première année de mise au point, tout ça, ça fait beaucoup de premières fois. Et forcément, quand on va un peu dans l'inconnu comme ça, on a des grosses phases de doutes, de stress... Maintenant, je trouve qu'on a plutôt bien passé cette année-là, puisque même si sportivement elle a été un tout petit peu décevante sur les rendez-vous médiatiques comme la Jacques-Vabre et un peu moins sur la Transat BtoB, on a évité les gros écueils qui étaient d'avoir trop de casse et du coup de ne pas naviguer. Aujourd'hui, mon objectif, c'est de combler mon retard d'expérience par rapport à des Michel Desjoyeaux ou des Vincent Riou, et pour ça, il faut que je navigue. Il faut que je ménage la chèvre et le chou entre avoir un bateau super performant mais qui ne casse pas. Heureusement, on avait prévu un budget de développement du bateau assez conséquent et le deuxième mât nous offre une grosse bouffée d'air, on a maintenant un bateau satisfaisant en terme de performance.

Comment le ressentez-vous concrètement ?
Ça se ressent en terme d'assiette. Avant, on avait un bateau assez lourd qui avait tendance à enfourner dès que le bateau dépassait 20 noeuds, là, on arrive à dépasser les 25 noeuds assez facilement. Et puis dans le médium et au portant, on a un bateau plus vivant et donc plus rapide.

Aujourd'hui, où vous situez-vous par rapport à la concurrence en vue du Vendée Globe ?
Je pense qu'en terme de performance, il y a Safran et Michel Desjoyeaux qui sont peut-être un tout petit peu au-dessus, nous on est juste derrière avec Vincent Riou, Groupe Bel, je dirais même Brit Air... On est en position d'outsider, pas encore en position de favori, maintenant, je pense que c'est pas mal non plus d'être en position de retrait. Ce qui est sûr, c'est que Michel Desjoyeaux est l'homme à abattre, parce qu'il a une bonne machine, parce que c'est un grand marin, parce qu'il est dans une logique de gagne. Maintenant, on s'est quand même vachement rapprochés de ces bateaux en terme de performance, je pense même qu'on a de gros plus dans certaines conditions, notamment au reaching, au près, dès qu'il y a un peu d'air. Maintenant, ce sont les hommes qui vont faire la différence, il ne faut pas non plus se retrancher toujours derrière les performances des bateaux, il faut aussi bien naviguer et bien utiliser le bateau.

"La face Nord du Mont-Blanc"

Vous allez avoir l'occasion de le faire sur The Artemis Transat sur un parcours réputé difficile, comment l'appréhendez-vous ?
C'est un peu la face Nord du Mont-Blanc. Tu as la Jacques-Vabre qui est la descente par la face Sud, et la Transat anglaise qui est l'ascension par la face Nord, donc il faut s'attendre à un combat. On va tout retrouver: le froid, le brouillard, les icebergs, les vents forts, la compétition... Je me sens déjà beaucoup moins con après avoir traversé deux fois l'Atlantique sur ce bateau, là, c'est encore une expérience de plus.

Dans quel état d'esprit appréhendez-vous du coup The Artemis Transat ? Avec le Vendée Globe en ligne de mire ou comme une vraie course à disputer à fond ?
Moi, je commence à avoir un peu la pression du sponsor. Ça va dépendre un peu de la météo, mais s'il n'y a pas tempête, il va falloir aller chercher un résultat quand même. Ça fait deux ans que le projet est lancé, on est dans la dernière année, ils commencent un peu à s'impatienter parce que le Vendée Globe n'arrive qu'à la fin du projet. Donc ce serait bien d'avoir un bon résultat sportif sur cette course-là pour les rassurer en vue du Vendée Globe, de ne pas avoir à les faire patienter jusqu'au départ du Vendée autrement que par des résultats sportifs.

Ce qui signifie qu'il vous faudra être d'entrée à l'attaque ?
Oui. Après, ce que j'ai toujours en tête, ce sont quand même les aventures qui sont arrivés à Vincent Riou et Bernard Stamm (en 2004), l'un a perdu son mât l'autre s'est retourné. Donc si les conditions météo sont musclées, il ne faudra pas éviter à passer en mode convoyage. Maintenant, quand tu as Michel Desjoyeaux, Vincent Riou et Marc Guillemot sur la ligne de départ, tu n'as pas le droit de t'endormir sur les premières 24 heures, ça va démarrer rapide.

Vous parliez tout à l'heure de pression sur cette course. Et sur le Vendée Globe, la sentez-vous monter ?
C'est sûr qu'on essaie toujours de se positionner par rapport aux autres projets, par rapport à leur état de préparation, aux performances des bateaux... Maintenant, je suis plus dans l'objectif de cette course que dans le Vendée Globe. Et je pense qu'on est aujourd'hui dans les projets les plus aboutis et les plus prêts. On est au départ de toutes les courses qu'on avait prévues et on est tout à fait dans la courbe de progression qu'on s'était fixée, il n'y a pas de raté pour l'instant. Effectivement, le sponsor s'impatiente un peu, mais pour moi, je suis tout à fait dans mon tableau de marche.

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