Grave et grotesque à la fois
Le rugby français s'est réveillé vendredi encore sous le choc de l'affaire Bastareaud. Son mensonge incompréhensible a déjà non seulement gâché de manière totalement injuste la probante tournée des Bleus dans le Sud, mais sa supercherie, dont les raisons restent obscures, jette le discrédit sur l'ensemble du rugby français en Nouvelle-Zélande, en même temps qu'elle lui promet une lourde sanction.
Bastareaud risque de ne pas retrouver le maillot de l'équipe de France avant longtemps... (Maxppp)
Bastareaud a non seulement eu tout faux. Mais l'on s'interroge pour tout dire aujourd'hui sur son entourage, notamment au Stade Français, qui a pu le conduire à produire jeudi, alors que la télévision néo-zélandaise produisait les preuves filmées de son mensonge, un communiqué, dont le ton et les termes (voir: Bastareaud, l'incroyable mensonge), non seulement n'excusent en rien son geste, mais bien au contraire l'accablent... La thèse navrante, pour ne pas dire comique, de la table de nuit capable d'agresser l'un des joueurs réputés les plus physiques du Top 14, tout de même 111 kilos sur la balance, n'a pas fini de faire rire dans les chaumières et cache, sans doute, une vérité moins avouable sur les faits qui se sont véritablement déroulés au cours de cette fin de nuit agitée à l'Holiday Inn de Wellington.
Un mensonge, pour cacher quoi ?
Le secret des troisièmes mi-temps en tournée, on le sait, est bien gardé. Si le coup de poing d'un Sébastien Chabal passablement éméché sur l'Italien Castrogiovanni, à l'issue du dernier match du Tournoi des VI Nations, cette année à Rome, n'avait pu échapper à personne, aux antipodes, les internationaux, nettement moins suivis, sont plus libres de leurs mouvements et de leurs agissements. Les zones d'ombre demeurent sur les circonstances qui ont conduit Bastareaud à s'empêtrer dans une telle supercherie qui, cela semble aujourd'hui certain, cache autre chose de plus inavouable... Marc Lièvremont lui-même, dans ses premières réactions, n'était pas dupe de cette seconde version abracadabrantesque.
Un sélectionneur abasourdi par ces révélations et cet aveu à son retour de l'entraînement du capitaine au Stade olympique de Sydney, où, il convient de le rappeler, le XV de France affrontera samedi les Wallabies. Mais un patron des Bleus qui se refusait à tirer sur l'ambulance et dont les propos, rapportés par RMC, laissaient transparaître le coup de massue encaissé par la délégation française: "Après quelques jours de réflexion et pas mal de remords, Mathieu a décidé de dire la vérité. Pour la seconde fois, nous sommes sous le choc. [...] On est extrêmement gêné. Je suis aussi triste pour Mathieu. Je n'explique pas les raisons de son mensonge. A priori, il a perdu les pédales. J'ai d'abord une pensée pour Mathieu, j'ai envie de l'aider." Derrière l'homme fort de la sélection perçait alors l'éducateur...
L'erreur de jeunesse, si elle est concevable, ne suffit pas à tout expliquer et surtout ne justifie pas tout. Et on n'est pas sûr que le discours paternaliste d'un Max Guazzini, s'exprimant lui aussi sur RMC, soit le plus approprié en la circonstance: "Mathieu a eu une réaction malheureuse et infantile. Maintenant, j'aime trop Mathieu pour lui en vouloir. Il a besoin d'une bonne fessée, on lui donnera. Une chose est sûre, le club ne le sanctionnera pas. C'est un gamin qui a raconté une connerie à l'autre bout de monde qui ne concerne pas le Stade Français." Bastareaud n'a peut-être tué personne, mais il a malgré tout oublié que le maillot de l'équipe de France, s'il donnait droit à une reconnaissance et à un statut, impose aussi des devoirs.
"D'autres personnes étaient au courant..."
Devoirs auxquels Pierre Camou, nettement moins complaisant, est bien décidé à le rappeler. Le président de la fédération française de rugby, a confirmé, jeudi soir au micro d'Europe 1, que la FFR a saisi la commission de discipline et sollicité l'ouverture d'une instruction: "C'est peut-être une erreur de jeunesse mais quand on est international, on a des responsabilités. On réfléchit avant. On peut dire la vérité, erreur de jeunesse ou pas. Cette affaire a pris beaucoup d'importance. Tout un peuple s'est senti blessé. Ça touche le rugby français, mais aussi l'image de la France. Quelque soit l'âge, les faits sont là. La fédération est choquée qu'un joueur du XV de France ait pu mentir et dans ces conditions là. J'ai demandé à la commission de discipline de mener une instruction à ce sujet." En clair, Bastareaud peut et doit s'attendre à ne plus côtoyer l'équipe de France pendant un moment, tout en risquant, n'en déplaise à son président de club, une suspension, qui concernera également le Stade Français en vertu du principe de non dissociation des sanctions.
Au moins n'a-t-il plus rien à craindre des investigations de la police néo-zélandaise, qui par la voix de l'inspecteur à l'origine de la découverte de la supercherie, a confirmé mettre fin à son enquête. Il va sans dire en revanche que Bastareaud est indésirable en Nouvelle-Zélande, un oukase qui déteint sur l'ensemble de l'équipe de France, que certains n'hésitent pas à mettre en cause. A l'image du maire de Wellington, qui affirme sans détour que l'encadrement du XV de France, le médecin des Bleus, Jean-Philippe Hager en tête (*), a couvert le joueur: "Présenter cela comme l'affaire d'un jeune joueur inexpérimenté n'est pas suffisant a déclaré l'édile sur les ondes de la Radio Nationale. Il y a clairement une collusion, il y a d'autres joueurs impliqués, le docteur est impliqué, l'entraîneur aussi, pour le renvoyer en France aussi vite. Cela va au-delà d'un seul joueur. D'autres personnes étaient au courant. Vous ne pouvez pas seulement dire: 'C'est une seule personne, elle seule doit être blâmée'." La Nouvelle-Zélande est blessée. Deux ans suffiront-ils à effacer les conséquences de ce navrant épisode. Le 24 septembre 2011, les Bleus auront rendez-vous à l'Eden Park d'Auckland, au premier tour de la Coupe du monde, avec les Blacks. Aujourd'hui, difficile d'imaginer que Bastareaud sera sur la pelouse...
(*) Docteur de l'équipe de France, Jean-Philippe Hager avait déclaré sur RMC que Bastareaud était victime d'un "traumatisme facial important" et qu'il avait été "roué de coups".






D'où
viennent les emblèmes des équipes ?