C'était Pékin...
Si les Jeux Paralympiques prendront le relais en septembre, Pékin a mis l'éteignoir dimanche sur les XXVIe Jeux Olympiques. Sept ans de travail ont permis à la Chine de relever ce pari olympique: assumer sans fausse note, question des Droits de l'Homme mis à part, l'organisation du plus gros événement planétaire. Carte postale depuis la capitale chinoise au terme de ces JO 2008...
La Chine dit au-revoir aux Jeux Olympiques. (Reuters)
C'était Pékin et, pour une agglomération qui revendique quelque 17 millions d'habitants, on n'a pas été dérangé par les voisins. Plan anti-pollution oblige, les usines avaient fermé, renvoyant dans leur campagne des milliers d'ouvriers, les voitures étaient soumises au principe d'alternance, réduisant de moitié la circulation. On l'imaginait (peut-être à tort) grouillante, Pékin a offert le visage d'une belle endormie tout juste bousculée par l'agitation des bars du quartier de Houhai, scène branchée de la capitale où la bouteille de vin la moins chère se compare au salaire mensuel moyen d'un Chinois.
Nihao du matin au soir
C'était Pékin et, pour un journaliste sportif, le quotidien avait des allures de jour sans fin. Chaque matin, le même cérémonial teinté d'obsession sécuritaire: les yeux encore collés, l'estomac tapissé d'un petit-déjeuner trop vite avalé, direction le centre de presse principal avec passage obligé du portique de sécurité dans le hall même de l'hôtel. Sous l'escorte d'une dizaine de volontaires, le sac-à-dos est scanné, les poches vidées et le corps sondé. Deux agents dressent un cordon de sécurité sur le trottoir pour nous guider, sous les yeux de piétons indifférents, dans une navette réfrigérée par une climatisation poussée à fond.
C'était Pékin et la communication ne rimait souvent à rien. De l'aéroport aux hôtels, du centre de presse principal aux sites olympiques, le comité d'organisation avait déployé une armée de bénévoles soucieuse de servir les journalistes et les invités de la grande famille olympique, de contrôler les points d'accès et de faire respecter, toujours à la lettre, des consignes souvent strictes. Des milliers de jeunes Chinois, dévoués, souriants et volontaires, mais dont les rudiments d'Anglais hérités en prévision de cet événement ne permettaient malheureusement pas d'échanger. On s'essaye sur le temps, sujet universel et trans-générationnel (qui n'a jamais discuté une demi-heure de la pluie avec une personne âgée ?), mais la conversation ne prend pas. On se contente alors des « Nihao » (bonjour en chinois) qu'on s'échange dès que l'on croise un «BOB», ces gilets bleus de l'organisation, qu'importe si vous n'êtes sorti que deux minutes pour griller une cigarette.
C'était Pékin et la pollution n'était plus qu'un sujet vain. Plombé il y a quinze jours par une chape d'humidité dans laquelle se perdait la tête des tours de la ville, le ciel s'est peu à peu dégagé, offrant un bleu que les Pékinois n'avaient encore jamais vu à pareille époque de l'année. "Une énorme surprise" pour Julien Absalon, notre champion olympique de VTT, et tous les sportifs engagés dans des épreuves d'endurance dont les marcheurs et les marathoniens. Et une récompense pour le pouvoir chinois qui, malgré les critiques, a donc réussi un autre de son pari: améliorer la qualité de l'air de la ville. Une opération tant marketing qu'environnementale qui aura nécessité la bagatelle de quelque 13 milliards d'euros.
Une organisation sans faille
C'était Pékin et l'organisation a fait les choses bien. Entre le ballet bien huilé des navettes, la fonctionnalité des salles de travail ou encore la qualité des sites olympiques à l'image du Nid d'Oiseau qui ferait passer le Stade de France pour une antiquité, difficile d'aller chercher les Chinois sur ce terrain là. Reporters Sans Frontières (RSF) nous rappellera que la question des Droits de l'Homme n'a pas progressé, bien au contraire, et on acquiescera. Mais d'un point de vue strictement sportif, la fête était belle. Quitte à truquer les images de la cérémonie d'ouverture ou à maquiller des volontaires pour garnir des tribunes bien souvent vides...
C'était Pékin et, pour un palais occidental, la cuisine chinoise peut vous faire perdre la faim. Lassé par la cantine du centre de presse, peu alléché par les restaurants locaux, le journaliste français aurait pu déprimer. Mais, tuyauté par une armée d'anciens combattants, des journalistes de la presse quotidienne dont on ne compte plus le nombre de JO couverts, l'estomac affamé a trouvé un petit coin de Gers dans le quartier de Dongsishitaiao. Dans son restaurant «Le Gourmet», Jean Mirouse, installé à Pékin depuis quatre ans, a soigné une bonne vingtaine de palais écorchés. Une botte secrète pour ne pas craquer en chemin...
C'était Pékin et les images se sont bousculées sans fin. Celle de Michael Phelps collectionnant les médailles d'or, celle de ce drapeau chinois hissé à 51 reprises en haut du podium, celle d'Usain Bolt et de ses trois records du monde sur la piste du Nid d'Oiseau, celle de Liu Xiang plongeant la Chine dans la déprime ou encore celle de tous ces sportifs, comblés ou effondrés, croisés pendant deux semaines. C'était Pékin et c'est déjà loin...





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