Santos, une histoire marseillaise
Condamné vendredi dernier, libéré sous caution mercredi, Santos Mirasierra a retrouvé jeudi sa bonne ville de Marseille, en provenance directe de sa prison madrilène. Bien évidemment, le retour du supporter de l'OM parmi les siens a fait l'événement dans la cité phocéenne. Ce qui n'empêche pas de se demander si "l'affaire Santos" ne fait pas un peu trop de bruit.
Santos Mirasierra (au centre) à son retour à Marseille. (Reuters)
Pour récupérer Mirasierra à Madrid, lequel a été libéré sous caution mercredi après avoir été condamné cinq jours plus tôt à trois ans et demi de prison pour violences contre un policier, l'OM a mis à sa disposition un avion du club. "Un petit peu démesuré", juge le journaliste spécialisé dans le football, Didier Roustan, contacté par leJDD.fr. Parfaitement légitime, rétorque une source interne au club, qui considère ce "privilège" comme un simple prolongement de l'assistance que le club a toujours apporté au supporter tout au long de ses malheurs madrilènes. Un club marseillais qui semble d'ailleurs avoir parfaitement géré "le dossier Santos".
"Premier prisonnier politique du sport"
Rédacteur en chef de So Foot, mensuel de foot au ton décalé, Franck Annese le reconnaît sans détour: "Le club a soutenu la cause depuis le début, sans en faire des caisses. Je trouve ça plutôt classe." Même l'épisode de l'avion ne le choque pas outre mesure: "On aurait pu penser à une récup' à deux balles, mais je ne pense pas que ça soit le cas." Fermez le ban ? Pas tout à fait. Car, indéniablement, l'affaire - qui n'est d'ailleurs pas encore terminée puisque Santos Mirasierra doit encore être jugé en appel - a parfois pris des proportions étonnantes.
Le verbe haut comme à son habitude, Me Gilbert Collard, qui ne pouvait certainement pas passer à côté d'un tel dossier, n'avait pas hésité à qualifier le prévenu, à la veille de son procès devant la justice espagnole, de "premier prisonnier politique du sport". Ce jeudi, tel était d'ailleurs l'objet du débat organisé par David Abiker sur France Info ("A-t-on traité Santos Mirasierra, le supporter marseillais, comme un prisonnier politique?" était l'intitulé exact du sujet). Un thème qui a suscité des réactions pour le moins virulentes sur le site de la radio. Franck Annese rue lui aussi dans les brancards. "C'est n'importe quoi", lance-t-il sans détour. "Collard est un super client sur le coup. D'ailleurs, il n'est là que pour médiatiser l'affaire." A l'OM, même si l'on prend soin de préciser que le club n'était pas en contact avec le bouillonnant avocat, on se montre plus mesuré: "Si de telles formules peuvent aider, c'est tant mieux." Pas sûr toutefois qu'elles aient été à l'origine directe de la libération provisoire de Mirasierra....
Reste le contexte. Didier Roustan l'avoue tout de go: "A Marseille, l'OM est un sujet sensible." Et d'ajouter plus loin: "Marseille, c'est un peu particulier. C'est comme l'addition de plusieurs petits villages dans lesquels la solidarité est très forte. Et pour tout dire, je suis assez respectueux des insoumis qui trouvent qu'on les prend un peu pour des cons." Car, dans la cité phocéenne, le cas Santos est d'abord vécu comme une injustice, n'en déplaise aux magistrats ibériques. Présenté comme un homme sans histoire, le supporter a, de la plus naturelle des manières, su agréger derrière sa cause l'ensemble des forces vives de la cité. "A Marseille, les gens ne parlent que de ça. Cette affaire les a touchés au plus profond d'eux-mêmes", détaille Roustan, en régional de l'étape. L'OM, une grande famille? "Il faut bien le reconnaître", juge Annese. "Même si d'un peu plus loin que Marseille, on peut trouver ça un peu ridicule".






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