Nasri, jeunesse triomphante
Passeur décisif pour sa première sélection, buteur pour sa troisième mercredi face à la Géorgie, Samir Nasri est entré de plain pied en équipe de France, au point d'apparaître après seulement trois matches comme un élément indispensable des vice-champions du monde. A 20 ans, le Marseillais connaît une progression fulgurante en club et en Bleu, il est devenu le symbole d'une nouvelle génération parvenue à s'installer avec une rapidité déconcertante en sélection. Raymond Domenech ne va pas s'en plaindre.
Nasri est en passe de devenir la véritable star de l'équipe de France.A l'applaudimètre de l'Abbé-Deschamps comme à celui du Stade de France, le numéro 11 des Bleus l'emporte haut la main et ce n'est pas sa performance de mercredi soir, avec son premier but en sélection après seulement trois matches, qui va contribuer à faire baisser une cote de popularité déjà très haut perchée. "Ce n'est pas le sauveur de la France, mais il a fait quelque chose de bien, tant mieux", a sobrement commenté Raymond Domenech, qui n'aime jamais mettre un joueur en avant plus qu'un autre. Moins de retenue de la part du capitaine Lilian Thuram, élogieux au moment de commenter les débuts de celui qui lui rend quinze ans à l'état civil: "Ce que j'aime beaucoup chez lui, c'est sa capacité d'écoute, l'envie de progresser qu'il dégage, son humilité, c'est important pour devenir un grand joueur."
"Le plus dur, c'est de confirmer"
Et effectivement, comme un certain autre grand joueur issu de Marseille, l'Olympien cultive un sens de la discrétion et de l'humilité très fort, perceptible dans ses réactions d'après-match, toujours très mesurées. Et s'il reconnaissait mercredi soir que ce match contre la Géorgie "restera gravé dans ma mémoire", c'était aussitôt pour ajouter: "Je suis un éternel insatisfait, ce que j'ai fait, c'est bien, mais je peux faire encore plus. Cette saison, j'ai fait parler de moi, mais le plus dur, c'est de confirmer, j'en suis conscient." Une antienne reprise en écho par Raymond Domenech qui, quelques minutes plus tôt, glissait à propos de son jeune meneur de jeu: "Il a prouvé, il doit maintenant confirmer dans la durée. Au mois d'août, ce sera une nouvelle saison. J'espère qu'il aura d'autres occasions d'être réaliste."
Réaliste et donc décisif, une nouvelle corde à l'arc d'un jeune homme qui, jusqu'ici, ne parvenait pas toujours à concrétiser en passes décisives et buts des qualités techniques et une vision du jeu au-delà de la moyenne. "On me reprochait avant de ne pas être assez décisif, j'espère que ça va changer, expliquait-il mercredi. Ce but est sur la lancée de ma fin de saison où je marquais plus de buts. Je me rapproche plus du but adverse, je prends plus souvent ma chance." Et lorsqu'on lui demande ce qui a changé pour qu'il se mue en élément clé des Bleus et de son club, il répond, clairvoyant: "Un déclic s'est produit au mois de janvier. Albert (Emon) m'a repositionné plus haut derrière les attaquants, mon poste de prédilection, alors qu'au début de la saison, j'étais plus souvent remplaçant ou lorsque je jouais, c'était sur un côté. L'arrivée de Djibril (Cissé) a aussi joué car les médias se sont concentrés sur Djibril et Franck (Ribéry), ça m'a permis de travailler dans l'ombre, de progresser. Après la confiance est venue et j'ai aussi senti la confiance autour de moi."
Une transition douce...
La confiance des autres s'est particulièrement ressentie lors du double rendez-vous de l'Ukraine et de la Géorgie, ses partenaires n'hésitant pas à le solliciter et à lui donner les clés du jeu offensif des Bleus, preuve que quelque chose a changé depuis trois ans en équipe de France. Car la carte jeune de Raymond Domenech, qui n'avait pas réellement porté ses fruits en août 2004 à son arrivée au point qu'il avait été contraint de rappeler la "vieille garde" (Zidane, Thuram, Makelele) pour sauver un monument bleu en péril, semble cette fois payer avec Nasri en porte-drapeau, mais également Clerc, Toulalan, Benzema, Diaby, Lassana Diarra, parvenus en un espace de temps très limité à vite trouver leurs marques en sélection.
Un changement remarqué par le capitaine Thuram qui, mardi à la veille de ce France-Géorgie, constatait, lorsqu'on lui demandait si cette équipe de France avait progressé par rapport au début des éliminatoires: "Oui, je pense que si on prend le groupe équipe de France dans son ensemble, il y a une amélioration car de nouveaux joueurs ont eu la chance de pouvoir participer, et c'est important que chacun se sente à l'aise. L'absence de certains titulaires a été un bien pour que les jeunes puissent jouer et se sentent capables à tout moment d'être titulaires en équipe de France." Et le Barcelonais, un rien chambreur, d'ajouter mercredi, une fois le match terminé: "Les plus vieux comme Makelele, parce moi je suis encore jeune, vont partir un jour et le flambeau va se passer naturellement."
Une analyse partagée par Florent Malouda: "Il y a une âme dans cette équipe, tous les joueurs qui s'intègrent se mettent au diapason, ils jouent comme s'ils avaient toujours fait partie de l'équipe de France. Quels que soient les joueurs alignés, il y a ce sentiment de responsabilité par rapport aux résultats et au statut acquis pendant la Coupe du monde." Grâce à Nasri et consorts, c'est une douce transition qui est effectivement en train de s'opérer en équipe de France, loin, très loin, de la méthode sans doute trop brutale employée en 2004, Raymond Domenech également a pris de l'expérience...






Quand
les footballeurs jouent la comédie
