Contador plus fort que tout
Privé du Tour de France l'an passé, Alberto Contador y est revenu encore plus fort pour inscrire une deuxième fois son nom au palmarès. L'Espagnol, isolé chez Astana, a répondu seul sur les routes où personne n'a pu contester sa suprématie. Andy Schleck, son dauphin, a lui prouvé qu'il était bien son rival n°1. Comme les Français, vainqueurs de trois étapes, Lance Armstrong, sur le podium, a réussi sa Grande Boucle. Dimanche, Mark Cavendish a triomphé sur les Champs-Elysées.
Alberto Contador, comme en 2007, ramène le maillot jaune à Paris. (Reuters)
Parfois laissé à son propre sort, comme lors de la bordure de la Grande-Motte le troisième jour, Contador a essuyé durant trois semaines les foudres de ses équipiers emboîtant le pas de leur manager Johan Bruyneel, lié à la vie à la mort avec Armstrong qu'il suivra la saison prochaine dans leur nouvelle structure américaine Radioshack. Jamais de l'histoire de la Grande Boucle, née en 1903 à l'initiative du journaliste Henri Desgrange, un vainqueur du Tour n'aura eu autant de difficultés à rallier ses équipiers à sa cause. L'épisode du col de la Colombière, où l'attaque du maillot jaune a contribué à décrocher Andreas Klöden, a même failli faire exploser la cocotte-minute Astana avant qu'une explication, avec les excuses de Contador le soir même à l'hôtel, ne fasse retomber quelque peu la pression. La victoire finale du Madrilène n'en est que plus forte. Car en plus d'avoir repoussé ses adversaires les plus coriaces, l'Espagnol est parvenu contre vents et marées à imposer, seul, sa supériorité chez Astana.
Armstrong à qui perd gagne
Déjà placé à l'issue du contre-la-montre de Monaco, deuxième derrière Fabian Cancellara, Contador a construit petit à petit dans la montagne son succès dans un Tour de France où le tenant Carlos Sastre, Cadel Evans et Denis Menchov n'auront fait que passer. La première pierre fut posée dans Arcalis, et la traversée des Alpes la dernière semaine a permis au Castillan, en jaune au soir de son premier succès d'étape en Suisse sur les hauteurs de Verbier, d'en remettre une petite couche chaque jour. Plus fort que tous les rouleurs au lac d'Annecy, le grimpeur au démarrage fulgurant a assommé le Tour en Haute-Savoie avant de se mettre, l'avant-dernier jour, au service d'Armstrong dans l'ascension du Mont Ventoux tel un équipier modèle. A 26 ans, celui dont on dit qu'il pourrait lui aussi monter sa propre équipe au pays durant l'intersaison a dompté la plus grande épreuve cycliste du monde pour la deuxième fois en seulement trois participations, offrant à l'Espagne un quatrième Tour de France d'affilée.
Si l'avenir appartient au futur ex-coureur d'Astana, celui d'Andy Schleck semble brillant. Aux portes du Top 10 (11e) l'an dernier pour sa découverte de l'épreuve, le cadet de la fratrie Schleck a assumé son nouveau rang de leader au sein des Saxo Bank. Le plus actif dans les cols pour tenter de décramponner Contador, le Luxembourgeois a fait fructifier ses progrès dans les chronos pour terminer deuxième au général, conservant au passage son maillot blanc de meilleur jeune. Equipier de luxe pour son frère cadet dans les ascensions, Frank Schleck, vainqueur au Grand-Bornand avec l'assentiment du maillot jaune, a lui manqué le coche alors que le premier podium de l'histoire du Tour réunissant deux frangins lui tendait les bras. Mais le contre-la-montre d'Annecy aura eu raison des espoirs de l'aîné de la fratrie, lequel progresse finalement d'une place par rapport à l'an passé (5e).
Lance Armstrong a réussi ses retrouvailles avec le Tour de France. (Reuters)
La promesse Brice Feillu
Mark Cavendish n'a pas remporté huit, mais six victoires d'étape, la dernière en date, la plus prestigieuse, étant celle des Champs ce dimanche après-midi. Un résultat exceptionnel pour le jeune Britannique qui a rallié Paris pour la première fois. Mais malgré sa domination outrageuse sur le sprint, la fusée Columbia n'a pas viré au vert à Paris, Thor Hushovd, plus complet, lui coupant l'herbe sous le pied en remportant pour la deuxième fois, après 2005, le classement par points du coureur le plus régulièrement dans les premiers aux arrivées. Le vert pour Hushovd, les pois du meilleur grimpeur pour Franco Pellizotti qui, faute de pouvoir jouer une place, aura conquis le maillot de meilleur grimpeur au courage en faisant intelligemment la chasse aux pois dans la majorité des cols et côtes.
Certains Français, se déclarant intéressés par la tunique jadis familière de Richard Virenque, feraient bien de s'inspirer de la manière de courir de l'Italien à la crinière blonde pour un jour ramener à Paris un maillot qui tient toujours le haut du pavé dans l'imaginaire populaire. A défaut de Français à pois, les coureurs du cru sont le fruit d'une très belle cuvée 2009. Quatre Tricolores dans le Top 20 au général (Christophe Le Mével 9e, Sandy Casar 12e, l'inusable Stéphane Goubert 16e et Sylvain Chavanel 20e), dont Le Mével dans le Top 10, trois succès d'étape, à mettre au crédit de Thomas Voeckler, de Pierrick Fédrigo et de la révélation Brice Feillu, ainsi que des coureurs chaque jour aux avant-postes, les couleurs bleu-blanc-rouge ont été portées très hautes.
Et dans ce 96e Tour de France épargné par les affaires de dopage, ce qui n'assure en rien que des tricheurs ne se fassent pas démasqués dans les prochaines semaines, la France s'est peut-être trouvé le coureur de grands Tours qu'elle attend depuis plusieurs années. Le cadet des Feillu, 25e du classement général, a montré de réelles aptitudes de grimpeur et un caractère offensif qui n'est pas sans rappeler Virenque à ses débuts. Mais pour Brice d'Arcalis, où il a remporté la 6e étape en Andorre, le plus dur va commencer. Laissons-lui quand même le temps de souffler ses vingt-quatre bougies en ce jour d'anniversaire, et de fête tout court pour les 156 courageux venus à bout des 3 459 kilomètres avalés sur les routes des six pays ou principautés traversés.







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