Dakar, une copie à revoir
Exilé en Amérique du Sud cette année, le Dakar s'est achevé samedi dans la liesse sur les victoires, entre autres, de Marc Coma et Giniel De Villiers. Incontestable succès populaire, ferveur argentine oblige, cette édition 2009 aura néanmoins pris les allures d'un vaste chantier. Avec son lot d'approximations coupables de l'organisation et une nouvelle série de drames à déplorer.
La première édition sud-américaine du Dakar n'a pas été sans drame et polémique. (Reuters)
Dès les premiers tours de roues, un constat s'est imposé à l'ensemble de la caravane: ce Dakar sud-américain, pensé et organisé à l'africaine, devait fatalement se boucler dans la douleur. Passées la subjugation et la contemplation devant les trésors argentins et chiliens, la verte Pampa, les lacs teintés du rose des flamands, le désert blanc de l'Atacama ou encore la rouge Cordillère des Andes, la réalité du terrain a chaque jour repris le dessus, avec sa poussière aveuglante, ses sables quasiment mouvants et une piste, souvent unique, trop étroite pour accueillir de front ne serait-ce qu'une moto et une auto.
Sur les 500 concurrents et équipages engagés au départ de Buenos Aires, le 3 janvier dernier, un peu plus de la moitié seulement a ainsi rallié l'arrivée, deux semaines plus tard. Pourtant l'organisation a fait son possible pour limiter l'hécatombe, en neutralisant pas moins de trois étapes, ou en consentant à repêcher chaque soir des amateurs retardataires par dizaines. Ainsi confrontés aux conséquences de la difficulté de leur propre parcours, les responsables du rallye ont par ailleurs dû s'adapter aux conditions climatiques très changeantes du continent sud-américain. Bilan: sept des quatorze spéciales tronquées, une annulée dans son intégralité, et 1179 km effacés du programme sur les 5591 prévus au chronomètre, soit plus de 20% de la course !
Un lourd tribut humain
La mésaventure de Carlos Sainz, leader de la catégorie auto victime d'un ravin et contraint à l'abandon à deux étapes de l'arrivée, aura en outre mis en évidence de fâcheuses approximations dans le road-book. Des lacunes pointées du doigt par une partie des pilotes et ignorées des autres qui auront manqué de nuire à bien d'autres véhicules dans le sillage du Matador déchu de son trône. Un peu plus tôt dans le rallye, cette négligence présumée de l'organisation s'était avérée fatale à l'un des concurrents. Tombé en panne d'essence lors de la deuxième étape, le motard français Pascal Terry avait été retrouvé mort 57 heures après le déclenchement de sa balise de détresse en raison d'un problème de communication interne et, plus accablant encore, de la suspension des recherches du malheureux sur un malentendu (voir l'article: Un mort et des questions).
Se refusant à tous commentaires depuis que la justice a pris en main l'affaire, le groupe ASO, en charge de l'organisation, aura par ailleurs déploré quatre blessés graves durant la quinzaine - trois participants et un spectateur. Victimes d'un accident dès la première spéciale du rallye, les Britanniques Paul Green et Matthew Harrison avaient été plongés dans un coma artificiel six jours durant. Une semaine plus tard, le motard espagnol Cristobal Guerrero perdait connaissance après une lourde chute. Un coma dont il n'est toujours pas sorti à ce jour. Enfin samedi, lors de la toute dernière étape du Dakar, le Français Eric Vigouroux n'a pu éviter un spectateur au volant de son Hummer. Un jeune homme de 29 ans qui se trouve aujourd'hui dans un état critique. Hors piste, le bilan n'est pas moins dramatique: deux morts dans une collision avec un camion logistique de l'organisation. Fatalité, responsabilité ou culpabilité ? Le Dakar a quoiqu'il en soit payé un trop lourd tribut cette année encore.







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