Cammas, le Nord express
5 jours 15 heures et 23 minutes, c'est le nouveau temps de référence établi ce mercredi 11 novembre à 8h13 par l'équipage de Groupama 3 entre Ouessant et l'équateur. Un gain de quinze heures par rapport au chrono du même trimaran en janvier 2008 lors de sa tentative ratée sur le Jules-Verne, et surtout d'un jour et demi sur le tableau de marche en 2005 d'Orange 2, détenteur du record autour du monde. De bon augure pour la suite.
Groupama 3 la tête en bas (Y. Zedda/Groupama 3).
"Le passage de la ligne s'est fait aux toutes première lueurs du jour, j'étais de quart avec Franck et Loïc Le Mignon quand on a passé le zéro, a commenté à la vacation de la mi-journée Jacques Caraës, numéro 1 et préposé à la vidéo sur le bateau. On regardait le GPS pour savourer le passage, c'est toujours un moment un peu magique de savoir qu'on bascule d'un hémisphère là l'autre. Le seul petit souci, c'est qu'on est encore au près serré dans un vent d'une vingtaine de noeuds, ce n'est pas très confortable, mais dans quelques heures, on sait qu'on va choquer un peu les écoutes, retrouver une allure plus rapide et surtout plus confortable. C'est pas plus mal pour le bateau, car là, c'est de l'alizé assez serré, ça fait du bruit à bord. Mais il fait beau et chaud, on n'est pas les plus malheureux."
Caraës: "C'est du bonheur de rentrer dans le match de cette façon"
Pas les plus malheureux d'avoir rempli la première partie de leur mission grâce à des conditions qui auront été visiblement plus favorables que ne l'avaient prévu Franck Cammas et son navigateur, l'Américain Stan Honey, débarrassé des maux de tête qui l'ont fortement perturbé lors des trois premiers jours de mer. "C'est plutôt que mieux que ce qu'on avait prévu au départ d'Ouessant, confirme Jacques Caraës, on a eu plus de vent. Stan est très positif sur cette amélioration du temps d'une dizaine d'heures (quinze). C'est de bon augure, du bonheur, de rentrer dans le match de cette façon, avec un bateau en parfait état. J'espère que la suite sera prometteuse, c'est tout bon pour nous si on peut continuer comme ça, mais la route est encore longue."
Franck Cammas est en tout cas idéalement lancé dans sa deuxième tentative sur ce Jules-Verne avec une fenêtre qui s'est finalement avérée très bonne, le skipper acceptant de perdre un peu lors des 24 premières heures dans le Golfe de Gascogne pour ensuite aligner des journées à haute vitesse et à plus de 600 milles parcourus. La traversée du Pot-au-noir mardi se sera déroulé comme dans un rêve, le plan VPLP négociant parfaitement cette zone inter-tropicale à plus de 15 noeuds de moyenne. Après six jours de mer, le voilà nanti de 715 milles d'avance sur le tableau de marche d'Orange 2 qui, lors de son Trophée Jules-Verne record en début d'année 2005, avait mis 7 jours et 2 heures et 58 minutes pour basculer dans l'hémisphère Sud, soit 1 jour 11 heures et 33 minutes de plus que Groupama 3, ce qui n'est pas un écart anodin sur une durée de six jours.
Cammas: "Ce n'est pas ça qui fera le résultat final"
Reste que, comme le soulignait Jacques Caraës, la route est encore longue pour les dix hommes d'équipage du trimaran vert, blanc et orange qui vont désormais tenter de négocier au mieux un début d'hémisphère Sud toujours piégeux en raison du contournement de l'anticyclone de Sainte-Hélène avant de rentrer dans les quarantièmes et le Grand sud. "Le passage de l'équateur marque le début de la tranche suivante qui consiste à négocier le contournement de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Cette phase, qui est une des plus délicates à réaliser, occupera Franck Cammas et son équipage pendant les sept à neuf prochains jours. L'objectif étant pour Groupama 3 de franchir au plus vite le cap de Bonne-Espérance et d'entrer au mieux dans l'océan Indien", commente ainsi Sylvain Mondon, le routeur à terre de Groupama 3.
De son côté, Franck Cammas expliquait mardi: "Le tour du monde va commencer quand on rentre dans les quarantièmes. Cette partie (l'hémisphère Nord, ndlr), on la connaît énormément, ce n'est pas ça qui fera le résultat final. C'est toujours mieux d'être en avance qu'en retard, on est contents de cette première partie, on a l'impression d'avoir pris les bonnes décisions et d'avoir bien mené le bateau, c'est toujours réjouissant." Franck Cammas n'est cependant pas du genre à se contenter de si peu, lui qui rêve de boucler enfin le premier tour du monde de sa déjà riche carrière, avec, espère-t-il, une grosse cerise sur le gâteau. Pour l'instant, il n'a que le noyau...







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