Le doublé d'Harrington
Très incertain en début de semaine encore en raison d'une douleur tenace au poignet, Padraig Harrington a remporté dimanche le British Open au prix d'un quatrième tour rondement maîtrisé et marqué par la traditionnelle déroute du surprenant Greg Norman. L'Irlandais, qui conserve ainsi sa couronne, s'adjuge là son 2e tournoi du Grand Chelem et rejoint ainsi le grand absent de cette édition, Tiger Woods, vainqueur en 2005 et 2006.
Padraig Harrington conserve son titre à l'Omnium de Grande-Bretagne. (Reuters)
Gageons que celui-ci, eu égard à son inattendue performance, lui laissera moins de regrets que ses six précédents dérapages dont le plus célèbre reste les six coups d'avance envolés face à Nick Faldo lors du Masters 1996. Il faut dire que voir celui qui partage depuis le mois dernier sa vie avec l'ex-reine des courts de tennis, Chris Evert, aux premières loges tout au long de ce week-end pour assister à la renaissance de son mari de champion, réussir un tel tour de force, alors qu'il était censé préparer là le British Open Senior disputé à Troon la semaine prochaine, laisse pantois. Norman trois jours durant aura su se sortir des pièges de cette édition 2008 et géré jusqu'à dimanche ce maudit vent et ces bourrasques mesurées jusqu'à 65 km/h sur ce parcours du Royal Birkdale (par 70). Leader vendredi à l'issue du cut le plus élevé depuis Carnoustie 1999, le Coréen KJ Choi, qui rêvait de devenir le premier Asiatique vainqueur d'un Grand Chelem, pourra témoigner, lui qui enchaîna ce week-end deux terribles cartes de 75 et 79.
L'ironie de l'histoire aurait été grande de voir Norman, ce retraité sur le retour empocher pour la troisième fois la mise dans l'épreuve après ses succès en 1986 et 1993 là où tant de prétendants s'étaient sentis libérés par l'absence du maître du circuit, Tiger Woods, blessé et forfait. Autant de vainqueurs en puissance du British qui, à l'image du Sud-Africain Ernie Els (7e), limitant les dégâts dimanche (69) après trois jours quelconques, du n°2 mondial Phil Mickelson seulement 19e, du dauphin de 2007, Sergio Garcia (51e), des Anglais Lee Westwood et Justin Rose (67e et 70e), et plus encore des Ogilvy, Singh et autre O'Meara, incapables de passer le cut, sont tombés de haut. Dans ces conditions, la présence de deux Français, Grégory Havret et Jean van de Velde dans le Top 20 semble presque inespéré...
Norman: "Padraig mérite son titre..."
Mais au final, tandis que Norman sombrait à son tour ce dimanche, en entamant sa journée par trois bogeys, quatre dès le trou n°6, pour rendre au final une carte rédhibitoire de 77, c'est un autre inattendu qui allait s'offrir le Graal. Car malgré son statut de tenant du titre, on n'attendait pas Padraig Harrington en mesure de se succéder à lui-même lui qui, encore à la veille de la première journée jeudi, n'était pas certain de pouvoir défendre sa couronne en raison d'une blessure à un poignet. Quatre jours plus tard et l'Irlandais, paradoxalement sans doute libéré par cette préparation perturbée, ne doit pas regretter de s'être aligné malgré la douleur. "J'ai vécu une grande année en tant que Champion du British. Alors je ne pouvais me résoudre à abandonner ainsi mon titre. C'est énorme de pouvoir revenir ici et de défendre sa couronne. Je me suis convaincu que je pouvais gagner et je suis resté concentré et j'ai réussi à le faire."
Pointé à deux longueurs de Norman samedi soir, Harrington aura emprunté dimanche la trajectoire opposée du leader en revenant à sa hauteur dès les premiers trous. Avant de s'envoler pour de bon vers la victoire finale avec notamment un eagle sur le n°17, qui tranchait avec les errements du "Requin blanc", qui prétend avoir retrouvé son petit jeu en beurrant les toasts de son mariage, mais qui ratait dans le même temps d'un rien deux putts aux trous n°13 et n°17, synonyme de troisième place finale, à six coups du vainqueur (+9). "Je suis évidemment déçu au final - c'est le moins qu'on puisse dire, déclarera Norman avant de relativiser: Mais j'ai passé une bonne semaine, je suis arrivé ici avec la bonne attitude et une approche nouvelle de la vie, et ça s'est vu à travers mon jeu, puis de saluer son vainqueur: Padraig a rendu une copie étonnante et mérite son titre".
Ce nouveau sacre d'Harrington, au-delà du jour sans de Norman, ne doit en effet rien à personne. Et le vainqueur de cette édition 2008, auteur d'un ultime score de 69 (+3), soit un coup sous le par, à égalité avec l'étonnant Anglais Ian Poulter, qui reviendra un temps à sa hauteur avant de prendre la deuxième place (+7), peut se targuer de succéder avec ce doublé historique à Tiger Woods en personne, l'Américain étant le dernier à avoir conservé son titre au British (2005 et 2006). Mais Harrington devient là le premier Européen à réussir pareille performance depuis un certain Ecossais nommé James Braid. C'était au début du siècle (1905-1906)...




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